Du Feu

Choisir de cuire en four Anagama n’est pas une chose anodine.

Un céramiste, Sébastien De Groot, m’a récemment rappelé une phrase de Ben Lisa dans son livre Propos d’un céramiste : « Combien de coup de hache pour quelques degrés… »

Finalement, l’Anagama, tel que je le perçoit, pourrait être contenu dans cette simple parole.

Je travaille dans un four de type Anagama, et toute ma production est pensée pour mettre en exergue les subtilités de ce type de cuisson.

Ce sont des fours où chaque argile développe ses propres caractères, où la forme est intimement liée aux rendus souhaités des amas de cendres, où les émaux se nuancent grâce à elles, et où le rendu final, archaïque et aléatoire, est inhérent à la capacité des cuiseurs à comprendre le tout.

Feu, Atmosphère, Cendres, Argiles, Minéraux, toutes les Matières et leurs multiples origines se conjuguent dans l’esprit d’un cuiseur Anagama pour parvenir à ce qu’il désire mettre au monde.

Je cuis depuis 8 ans dans un four collectif (environ 12 personnes ensemble) de 9m2 où je suis chef de quart, c’est à dire responsable du bon déroulement de la chauffe, à l’instar de Tristan Chambaud-Héraud, propriétaire du four, Arnaud Erhard, Boris Cappe et Virginie Preux.

Toute la qualité d’un cuiseur se retrouve dans sa capacité à lire dans le Feu pour comprendre ces moindres Souffles, discerner ses Rythmes, sa Respiration.

Tel une bête qu’il faut cajoler, enjôler, nourrir juste ce qu’il faut, exciter à l’oxygène sans refroidir le four, endormir un instant en le bourrant de bois, quitte à lui faire prendre quarante degrés lorsque tout ce bois aura brûlé, tout appel d’air grand ouvert.

Cuire un four est un art qui n’admet ni négligence, ni omission.

Travailler en Anagama est une technique propre et entière dans le monde Céram.

L’aspect esthétique tient autant au savoir des cuiseurs, à leur expérience de différents fours, qu’à leur capacité à concevoir une chambre et un type de courbe de cuisson propre à ce que leur art désire.

Récemment installée en Ariège, je suis actuellement en construction de mon propre four Anagama, qui se veut maniable (nombre d’appels d’airs, taille de la cheminée, de l’alandier, des passages de flammes) et ludique (petites ouvertures pour Hikidashi – technique de sortie de pièce à haute température – où ajout de matière – charbon – cendres – eau)

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